inauguration d’ansolia /discours sur la polyvalence

B.Fialaire, Maire de Belleville s/s, B.Perrut, député maire de Villefranche s/s, P. Gardoni,  D.Chuzeville, Présidente du Conseil Général du Rhône, D.Pomeret, Maire d’Anse.

ansoliainauguration

 » La demande, dès le concours, c’est avant tout d’imaginer et d’arriver à faire fonctionner la polyvalence.

La polyvalence, c’est un peu le cauchemar de l’architecte: a vouloir tout faire, on risque de ne rien faire comme il faut.

Car ce projet, tel que nous l’avons compris, dès le concours, ce n’est pas une image ou un emblème, mais plutôt, dans la tête de ceux qui le désiraient, la réunion d’usage aussi variés que des spectacles de théâtre, de musique, des bals, des salons d’exposition, des évènements sportifs.

Et sans doute aussi, car c’est la résultante conceptuelle de la polyvalence, la disponibilité du lieux à des usages qui n’ont pas encore été imaginé.

 Pour y arriver, l’idée, ce n’est pas de partir du plus petit dénominateur commun entre les usages , qui ne serait sans doute au final qu’un espace couvert, mais de sur-ajouter les qualités attendues pour chaque usage.

Par exemple, la lumière naturelle, qui est un vrai plaisir et un confort pour plein d’usages, mais pas pour certains spectacles : eh bien nous la faisons entrer et nous nous en protégeons quand il le faut.

Comme pour l’acoustique : nous avons traité l’acoustique une salle de spectacle, et cette acoustique de qualité en fera un espace sportif à l’acoustique parfaite.

 Il nous a aussi fallu imaginer des dispositifs spécifiques pour pouvoir transformer le lieu, comme par exemple : des séparations par deux grands rideaux qui permettent 4 configurations possibles Un maillage d’alimentations électriques sous le dallage, qui permettent des liaisons multiples scène-régie, quel que soit l’emplacement de l’une et l’autre, qui permettent des alimentations directes des stands en position exposition. De grandes poutres sur teilles, qui servent à supporter les installations scéniques, mais qui peuvent aussi permettre de descendre un plafond pour reconstituer une ambiance plus intime.

 Et puis surtout, même si c’est très subjectif, pour faire de la polyvalence, l’idée de faire une belle salle, un bel espace. Par bel espace, je n’entend pas l’opposé d’un moche espace : on peut effectivement trouver tout ça très moche. j’entends un espace soigné, composé, généreux ; un espace qui, par sa sophistication, l’attention qu’il a requis, est un espace qui respecte et valorise l’usage et l’usager. Je vous engage, pour comprendre cette idée, à regarder le plafond, qui est la chose la plus dure à concevoir dans ce type d’espace, et sur lequel, architectes, ingénieurs et entreprises ont dépensé beaucoup d’énergie et de matière grise.

 Nous sommes donc parti du cœur du projet, cette salle de spectacle dans laquelle on pourra faire des fêtes, pour décrire le projet.

 Mais ce projet, c’est aussi un assemblage de fonctions, différentes , et complexes à réunir dans un même volume : le club-house, petit Ansolia, ouvert sur la ville. Une salle de réunion. Des vestiaires pour les stades. Un logement pour la présence.

Et aussi, car c’est un sujet que nous avons poussé particulièrement dans notre projet, la prise en compte de la salle Jeanne Trouillet, comme composante et prolongement de la polyvalence : des liens physiques, pour transférer du matériel, utiliser les deux salles simultanément ou encore se servir de l’une comme vestiaires, loge ou salle d’échauffement de l’autre.
 J’élargis encore un peu le champ, pour comprendre comment Ansolia s’inscrit dans son environnement urbain. Son caractère évènementiel, c’est à dire pas quotidien, nous a permis de donner du sens à sa situation enclavée. Nous n’avons pas cherché à nous ouvrir sur la centralité, la mairie le sud, mais au contraire avons bien assumé cette position d’ouverture au nord, même si c’est un peu le grand vide. Cette ouverture est une mise en scène, déjà festive quand les lumières s’éclairent. Le vide des stades est un grand parvis.

Un choix d’organisation qui est aussi une prise en compte des immeubles d’habitation et des possibles nuisances d’un tel équipement : ouverture au nord, mais aussi création d’une double peau qui isole la salle de l’extérieur, et dans laquelle nous avons logé toutes les installations techniques (ce qu’il y derrière le grand mur qui fait face au gradins).

 A l’opposé, nous avons cherché à profiter de cette construction pour construire un parvis à l’école maternelle, qui se substitue à un ancien parking, sous forme d’une petite placette sur laquelle s’ouvre simultanément le petit Ansolia. A l’opposé, car nous ne somme plus là, pour ces usages, dans l’évènementiel, mais dans le quotidien.

 Enfin, un mot sur l’image, sur la forme. C’est tout ce que nous avons évoqué auparavant qui construit la forme.

Ces usages, ces gabarits différents, construisent naturellement des strates qui se superposent. La première, celle du piéton, c’est ces grands ensembles vitrés
Polyvalence du lieu oblige à déterminer clairement la nature de chaque lien, de chaque accès ; mais aussi à imaginer des possibles qui vont au-delà de la fonctionnalité décrite et attendue. C’est la pertinence de réponse à cet enjeu qui garantira la pérennité de l’équipement. Aussi, tout notre travail d’implantation s’est fait en préservant des alternatives, des multiples, des simultanéités.

 A cette exigence fonctionnelle, nous avons sur-ajouté une exigence d’image pour le nouvel équipement : il s’agit bien entendu de lui donner la lisibilité et l’identité d’un lieu festif, accueillant ; mais il s’agit également de l’inscrire dans un jeu de proximité avec la salle existante à l’Est, les logements OPAC au Sud, les espaces de desserte et le rez de chaussée de l’école maternelle à l’Ouest, la plaine de jeu, espace de recul au Nord.

 La fragmentation est aussi ici gage de qualité d’usage. Nous verrons que c’est cette construction du volume qui permet par exemple d’offrir une grande galerie vitrée du haut des tribunes, « pincée » entre deux plans, de laquelle le regard pourra s’échapper sur la plaine de jeu, et au-delà sur le lointain du grand paysage. C’est cette construction en plans coulissants qui permet de mettre en rapport de plain pied le long hall vitré avec la plaine de jeu. C’est cette construction fragmentée qui permet de marquer clairement une entrée en double hauteur baignée de lumière…

 Les trois strates, réhaussées par les émergences de la toiture, se déroulent sur toute la périphérie du bâtiment, matérialisant, par les aspérités, les déhanchements, toute l’attention que le contextualisme du frottement exige. L’ampleur du volume n’est pas ici violence de la confrontation : elle est une pièce qui prend place dans un ensemble.

Ansolia est homogène par sa couleur: une déclinaison de blancs. Camaïeu allant de la brillance du métal au verre sablé, de la neutralité des panneaux de stratifiés à la profondeur des aplats de polycarbonate associés à la lumière. »

Pierre Gardoni, Anse, le 20/09/2014